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Recherche et création au centre de l'apprentissage artistique
Gérald Venturi, musicien-enseignant
Je m’appelle Gérald Venturi, suis musicien, saxophoniste et compositeur. J’enseigne à au CRD de Villeurbanne.
Mon travail de pédagogue s’articule au départ d’une classe de saxophone dont on m’a confié l’ouverture en 2002. Elle couvre aujourd’hui l’ensemble du cursus proposé par l’école, de l’entrée en musique au diplôme d’études musicales.
Pour la deuxième année, j’enseigne la musique de chambre et de l’instrumentation en binôme avec Didier Puntos. Cette collaboration fut amorcée lors d’un travail commun autour du tango. Elle consiste en une imbrication entre la classe de musique de chambre et le module d’enseignement du tango que j’ai initié en 2003. Cette entreprise tient aussi à un riche échange entre collègues et amis. Le travail porte sur différentes approches possibles des répertoires (interprétation, instrumentation, relevé, arrangement, improvisation etc.) Le tango n’est pas marginalisé ou isolé. Il est au contraire intégré aux divers répertoires abordés par les étudiants. Je travaille par ailleurs au projet « orchestre à l’école » pour la troisième année. Cinq enseignants volontaires encadrent une classe de Cm2 d’un quartier Villeurbannais. Cette expérience réussie menée en équipe, nous a conduit à repenser considérablement les entrées possibles en musique. Les problématiques soulevées nous ont mené à une réforme partielle de nos enseignements qui résonne aujourd’hui dans toute l’organisation des cursus de 1er et 2ème cycles. Les temps d’enseignements sont adaptés, la diversité de nature des pratiques modifie l’espace occupé dans ou hors l’école. Il va sans dire qu’aucune de ces expériences ne pourraient être menée sérieusement sans échange ni confiance entre collègues, direction comprise.

En résumé, mon activité pédagogique suit plusieurs directions et prend ses ancrages dans des pratiques et des publics extrêmement différents. Elle répond à un schéma général qui n’est pas sans rappeler celui d’une grande toile d’araignée, complexe et coordonné. Son architecture générale, son organisation passe par une sorte de topologie des noeuds. Chaque expérience pédagogique vient croiser une autre, soulève des problématiques qui mènent à repenser, réinventer, adapter, faire évoluer les enseignements et assurer leurs connexions. La notion d’évolution est incontournable et indissociable de ce modèle pédagogique, quelque soit les niveaux concernés. Dans ce cadre, la nature des travaux et des enjeux associés est nécessairement hétérogène. C’est précisément la prise en compte de l’hétérogénéité en tant que richesse, son organisation et sa régulation qui permettent d’ajuster les enseignements. La pertinence des formats pédagogiques proposés dépend absolument de leur permanente possibilité d’adaptation.

Les philosophes définissent l’art comme tentative de représentation de l’univers. En tant qu’entité ouverte, l’univers n’est_il pas la plus grande hétérogénéité qui soit ? Les conditions de toute musique reposent sur une organisation hétérogène de l’espace et du temps. Comment un enseignement musical peut_il ignorer ces fondements ? La mise en disciplines, le cloisonnement disciplinaire vont dans le sens de l’homogénéisation. Le professeur de saxophone enseigne le saxophone. Le professeur d’harmonie enseigne l’harmonie. Le professeur d’histoire de la musique raconte et illustre l’histoire de la musique. La musique de chambre se pratique en classe de musique de chambre, puisque le professeur d’instrument est occupé à coacher ses élèves pour leur examen de fin de cycle, leur DEM ou leur avant dernière chance au concours du CNSM (limite d’âge oblige). Tout est étanche. L’élève docile reçoit les enseignements dans des temporalités et des espaces parfaitement dissociés, cloisonnés. S’il est instrumentiste, les exigences de la productivité l’empêcheront souvent de s’intéresser sérieusement aux autres disciplines qui resteront annexées en disciplines d’éruditions. Ce modèle d’enseignement musical opère une parfaite rupture entre théorie et pratique. Autrement dit : la pensée est dissociée du geste. On peut rêver d’une plus séduisante conception de l’enseignement artistique ! Si ce type d’approche par le passé, n’a pas empêché la « réussite » de quelques uns, il reste à démontrer qu’il ne s’agisse pas d’un fait tout à fait fortuit. D’autre part, la notion de réussite selon les valeurs d’un modèle pédagogique qui ignore de façon opiniâtre les conditions même de la discipline qu’il veut transmettre, me paraît douteuse et reste à définir.

Je crois avoir montré que j’étais favorable à la réforme et que cette dernière représentait même un des organes vitaux de ma pédagogie. L’actuelle orientation des textes émanant du ministère de la culture quand à la création des « pôles d’enseignement supérieur » indique en premier plan, un renforcement des logiques de perfectionnement instrumental. En second plan, on comprend que la formation à la pédagogie y serait associable ou dissociable. La pédagogie est_elle à son tour mise en discipline? Cette idée n’est pas celle d’une réforme. Elle n’apporte aucune grande nouveauté. Il s’agit plutôt d’un alignement sur le modèle dominant.

Musique et pédagogie ont en commun leur rapport direct à la recherche. Il n’y a ni création artistique ni pédagogie sans recherche. On sait bien qu’un modèle ignorant diversité et hétérogénéité est contraire à l’art. Placer recherche et création au centre de l’apprentissage représenterait en revanche, une réelle réforme de l’enseignement spécialisé.
Gérald Venturi,
Musicien-enseignant