| Nul ! Tu ne seras jamais musicien Kamal ! |
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Nul ! Tu ne seras jamais musicien Kamal ! Mon apprentissage de la pratique musicale a commencé à l’âge de 7 ans en pratiquant des percussions (tambourin, bendir, darbouka, carcabou) aux côtés de mon père qui animait les mariages et des fêtes traditionnelles berbères. A l’âge de 15 ans, la découverte et l’écoute de disques vinyles (soul, funk, reggae, Rap) de mes grands frères m’ont amené à m’intéresser à de nombreux répertoires autour des musiques « afro-américaines » et entraîné ma motivation à animer (DJ) des « bals » (boum, anniversaire, mariage,…) dans différents quartiers de Valence-le-Haut. Le DJ devait acquérir des compétences techniques ( mix) et culturelles (répertoire). Il ne s’agissait pas simplement de faire danser mais adapter un répertoire en fonction d’un public et de son centre d’intérêt. Cette expérience du DJ m’a permis de découvrir différents instruments qui défilaient sur les sillons de mes vinyls. J’ai appris à reconnaître une basse, un Fender Rhodes, une guitare wah wah, des cordes, des vents mais aussi un son, une époque, un groupe, une production, un arrangement en somme de la CULTURE MUSICALE. Mes vinyls m’ont amené à m’intéresser à la basse électrique, ce qui m’a conduit à l’achat de ma première basse à l’âge de 21 ans en faisant mes apprentissages sur James Brown, et tous les artistes afro-Américains des années 60 à 80. J’ai dû bricoler un ampli de chaîne hifi pour entendre ma basse pendant que les vinyls défilaient (j’ai abimé mon ampli peu de temps après…) Pour moi reprendre les basses de James Jamerson (bassiste de la célèbre maison de disque MOTOWN à DETROIT) ou Bootsy Collins (bassiste de James Brown) c’était la meilleure école, en tous cas j’en connaissais pas d’autre! Sauf une : Le Mille Club de Fontbarlettes (local de répétition pour les jeunes du quartier). Tout le monde tâtonnait sur plusieurs instruments : batterie, basse, guitares, platine, percu… et les groupes se formaient pendant l’apprentissage. Les cours individuels n’existaient pas et les pratiques collectives (appelées « atelier d’animation ») explosaient. « Il semblerait que la pratique collective soit un élément d’apprentissage incontournable des schémas d’orientation ». Bref tout ça m’a amené à me former pour obtenir mon BEATEP (brevet d’état d’animateur technicien de l’éducation populaire) pour être animateur musical dans cette structure, puisqu’on ne parlait pas encore de musiques actuelles et le DE n’existait pas. En parallèle, mon activité de musicien m’a permis de jouer, tourner avec différents artistes en France et à l’étranger. Juin 2006 j’apprends l’ouverture d’un concours d’entrée au CEFEDEM pour une formation travailleur en 3 ans. Mon poste au CRD était réduit à celui d’un animateur du quartier et en aucun cas le travail que je menais n'était perçu comme un enseignement. Mon employeur n’était pas du tout favorable à ce que je fasse cette formation (« Mr Mazouni, pourquoi voulez-vous passer ce concours d’entrée alors qu’il y n’y aura pas de poste d’enseignant en musiques actuelles au CRD »), voilà une bonne façon d’encourager un agent qui avait donné 13 ans de service entre les contrats CES, CEC et…emploi jeune! Motivé et déterminé, j'ai quand même passé le concours d’entrée et l’équipe du Cefedem Rhône alpes s’est intéressée à mon parcours (comme à des centaines d’étudiants ) et j’ai eu la chance d’intégrer cette formation avec 26 étudiants au profils divers, issus des esthétiques jazz, musiques classiques, musiques actuelles. Ma formation ou mes formations musicales m’ont permis et me permettent de FAIRE ET FAIRE APPRENDRE LA MUSIQUE : les percussions berbères m’ont amené vers les platines, puis vers la basse, animateur musicale puis la formation DE du CEFEDEM qui grâce à l’obtention de mon DE me permet d’être reconnu en tant qu’enseignant comme les 45 collègues du CRD. Cette formation m’a permis d’affiner mes dispositifs mais surtout remettre en question tout ce travail dans « la cité » en faisant rencontrer les musiciens « d’en haut, d’en bas » (ville et quartier) pour partager, découvrir, créer des circonstances de différentes façons . Par exemples : - Amener des jeunes et adultes de l’école de musique vers d’autres territoires pour jouer avec des musiciens turcs, kurdes, réunionnais, etc …. et finir par se retrouver pour répéter ensemble et se produire dans la cité pour : la fête de quartier , de la musique ou à l’auditorium du CRD. - LA MAO comme outil de démocratisation : Un MAC, un clavier maître, une paire d’enceinte amplifiées et…des micros pour amener des jeunes vers une pratique où ils se reconnaissent pour aller vers les autres. Cet outil me permet de créer divers ateliers dans ces territoires pour ensuite construire un projet avec le CRD et amener ces jeunes à travailler là où « l’excellence » (les conditions de travail) est au rendez-vous. L’atelier MAO de la MJC devient progressivement un groupe constitué au CRD avec des musiciens de premier et deuxième cycle (Hip hop, violon, hautbois, basse, batterie, guitare). Et puis Musique à l’école avec les écoles primaires et collèges, dans ces territoires classés « ZUS »….il y a encore beaucoup à dire… Mon travail d’enseignant est dans l’école de musique mais aussi sur d’autres territoires et mon projet n’est pas de «rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité à un plus grand nombre» comme l’a insufflé MALRAUX…depuis 1959 ! De quels œuvres doit-on parler ? pour quel publics ? Si je me réfère à mon parcours : Mohamed El ANKA, Cheikh ElHasnaoui , Matoub Lounes , Gerouabi, Cherif Kheddam, Slimane Azem, Noura, Chérifa, Akli Ayathen, Nasser El ghiwane,Hamid Zahir….. James Brown, Jimmy Hendrics, Otis Redding,Aretha Franklin, Temptations, Smokey Robinson,Joe Tex, Grand Master Flash,Curtis Blow,The Last Poets, Curtis Mayfield,Isaac Hayes…..(et je pourrais continuer….) font partie des « grandes œuvres » et ça ne m'a pas empêché progressivement bien au contraire de découvrir d’autres grandes œuvres de la musique « classique » ou traditionnelle. J’ai grandi et écouté ces grandes œuvres. Et aujourd’hui si j’ai envie de transformer une gigue de Bach en 6/8 avec une basse et un Bendir ! J’appelle ça de la musique BAROQUAINE !!!! Nous voulons une école ouverte au GRAND PUBLIC pour que la musique qui est enseignée soit l’affaire de tous ! Faire émerger la culture de tous n’est pas la même chose que pour tous !!!! Mon modeste parcours m’amène à penser ceci concernant le projet du ministère : - Ce projet permettra-il permis à des musiciens qui ont des parcours et des logiques différentes que celle de l’enseignement « classique » d’avoir la chance de se former au métier d’enseignant dans la cité ? - N’est-ce pas une façon de renforcer le cloisonnement d’un certain type d’interprète qui ira à la rencontre d’un certain type de public ? - A l’heure où le mot "identité nationale" stigmatise une partie de la population, ce pôle supérieur ne défend-il pas l’idée d’une identité musicale qui semble être une idéologie Malrussienne?...avec tout le respect que je peux avoir pour cet homme ? Kamal Mazouni mars 2010 |