| Analyse - C’est De Gaulle qu’on assassine… |
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Sauvons… Le terme évoque les espèces en voie de disparition, les dauphins, les éléphants, les plantes rares… les citoyens ??? A travers ces réformes annoncées de l’enseignement artistique se pose aussi la question de la société en train de se faire, du cadre idéologique qui impulse la direction qui se prend. Le piège est bien évidemment de réduire la définition des enjeux aux pièces du puzzle en train de s’assembler. Chacun s’émeut ainsi, à tour de rôle, des catastrophes « naturelles » frappant, les uns après les autres, tous les secteurs de la société. Lorsque le pathos local menace de générer une grogne sociale – une politisation ? – d’ensemble, des mesures de traitement local sont prises et annoncées immédiatement, tout en réarticulant la nécessité « moderne » du changement. L’art, les questions qu’il pose, le regard sur la société qu’il forge, n’est pas un luxe réservé à quelques uns. Il peut, il doit être un des moyens nécessaires pour que se construisent dans la société, les valeurs qui lui donnent du sens, pour qu’émergent les citoyens qui les animent. Le changement est la finalité de l’enseignement. La fondation déontologique de ce métier est de permettre à autrui de se confronter à des cadres, à des exigences, en affichant les valeurs qui les fondent et, ce faisant, d’apprendre à choisir son chemin. Il est curieux de constater que la formation à ce métier « impossible » se trouve aujourd’hui remise en cause au profit de « synergie », « rationalisation » sans même qu’un débat ne soit mené sur le sujet. La virulence des attaques menées contre les IUFM rendait la chose prévisible. Les arguments avancés pour justifier la réforme arguaient (Aaaaarggg et ?) d'une meilleure formation pour les enseignants (un an de plus de cursus universitaire = meilleure formation à un métier), et de leur meilleure rémunération (finalement différée pour le moment dans l’Education Nationale). Cet aspect-là des choses n’est pas évoqué dans la réforme en cours dans la musique et les autres arts. A travers la réforme actuellement menée, ce n’est pas l’héritage de mai 68 qui est le premier visé, comme on veut nous le faire croire, c’est ce que les hommes et les femmes d’après guerre ont voulu construire dans un nouveau contrat social. Le maquis a créé les conditions pour que du brassage des classes et des représentations partisanes des uns et des autres émerge une vision politique qui mettait l’humain, tout l’humain, au cœur. Des années de sape ont patiemment construit l’idée que cette vision était obsolète et devait céder le pas à la modernité et à l’évidence de la « mondialisation ». L’adaptation, la flexibilité du corps social permet de le fragmenter et d’éviter que se structure une réflexion politique alternative. Comme le met en lumière Pierre-Michel Menger dans son ouvrage « Portrait de l’artiste en travailleur »1, la profession artistique a toujours été à la pointe des mutations sociales : « hyperflexibilité », « hyper précarité », « constitution d’un bassin d’emploi mobilisable sur une logique de projets limités dans le temps », « baisse progressive des revenus » ... sont des termes structurant la vie des artistes depuis plusieurs années déjà. Les attaques régulières du régime des intermittents du spectacle, le durcissement croissant des conditions pour émarger à ce « statut », montrent que le moins disant social est toujours à l’œuvre dans ce champ professionnel-ci. Est-ce un hasard si aujourd’hui on attaque un autre axe de professionnalisation des artistes ? Nombre de musiciens, de comédiens, de danseurs font le choix de partager leur exercice professionnel entre enseignement/médiation et prestations artistiques. Ces deux facettes ont leurs exigences propres. En affaiblissant le volet « formation à l’enseignement », on entretient l’idée qu’il s’agit de compétences annexes, en faisant ainsi bien peu de cas des employeurs (les collectivités locales) qui financent lourdement ce secteur. On plante ainsi les graines d’une remise en cause du service public : pourquoi employer des fonctionnaires protégés par leur statut alors qu’il serait quand même bien plus économique d’employer des contractuels ? Ou de démunicipaliser les écoles de musique ? En profiter pour passer tout cela à 35h, voire 39 ? Voilà bien qui relève de l’angoisse puérile, note le docteur « Herr j’ai pépette » du service de communication RGPP, ne vous inquiétez pas, tout cela s’inscrit dans une modernisation technique de notre société, « fait moi confiance » renchérissent les yeux hypnotiques de la cellule « culture et phynances » du Minis-terre. Notons que la réforme récente, passée inaperçue, des concours de la Fonction Publique Territoriale transfère l’organisation de ceux-ci aux Centres de Gestion qui ne savent pas comment s’y prendre avec notre secteur, et qu’en conséquences, il n’y a plus de concours avant 2012 au mieux. Cela va permettre à nouveau le recours massif aux contractuels. Détail mais, vous le savez, le diable est dans les détails. La pyramide des âges du corps enseignant permet d’anticiper un départ massif à la retraite d’ici quelques années et, simultanément, on désorganise les concours et la formation des enseignants est démantelée … étonnant non ? N’exagérons pas, la tâche pour réformer et faire avancer une société est immense, et la bonne volonté de ceux qui administre la réforme est évidente. Mais peut-être que le chantier est trop complexe pour être ainsi traité à coup de décrets et d'arrêtés, à coup de concertations unilatérales discrètes et peu transparentes. La chose publique, la res-publica, ne saurait se partager entre diverses coteries. Elle mérite de faire l’objet de débat pour que les tenants et aboutissants soient clairement exposés. Associer les partenaires à l’élaboration de la réforme n’est-il pas le meilleur moyen de permettre à celle-ci de se mettre en place ? Ne serai-ce pas faire preuve de … pédagogie ? Zevaco 1 « Portrait de l'artiste en travailleur (métamorphoses du capitalisme) » de Pierre-Michel Menger, aux éd. du Seuil, coll. La république des idées, 2003.
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